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Par Isabelle Speerin

Dante Berardi Jr. évolue dans le monde de l’édition musicale avec une intelligence émotionnelle de plus en plus rare dans un secteur dominé par la course à la performance. En tant que directeur des licences et de la création à Anthem Music Group, il navigue avec aisance entre superviseurs musicaux, auteurs-compositeurs, auteures-compositrices et équipes de studio, avec le naturel de quelqu’un qui fait cela depuis toujours — et, à bien des égards, c’est le cas.

Pour Berardi, la musique est plus qu’un métier : elle fait partie de son ADN. Il est issu d’une famille étroitement liée au tissu musical canadien : un père multi-instrumentiste impliqué dans l’East Coast Music Association, un grand-père qui a contribué à façonner le paysage radiophonique et la promotion de concerts au Nouveau-Brunswick, et un parrain, le chanteur Bobby Curtola, dont la carrière de cinq décennies lui a valu à la fois l’Ordre du Canada et une place au Panthéon de la musique canadienne. « J’ai commencé très jeune, se souvient-il. Mon premier boulot consistait à apporter de la bière et des sandwichs aux groupes en coulisses pendant des concerts en plein air — j’avais six ans. »

Après avoir grandi à Moncton et à Halifax, Berardi s’installe à Toronto et entreprend des études en philosophie et en psychologie à l’Université York. Il se retrouve cependant rapidement à écrire des chansons, à jouer de la guitare et du synthétiseur, à partir en tournée à l’étranger et à travailler à l’antenne pour MuchMusic et MTV. Déjà il est attiré par les rouages de l’industrie musicale. Alors que ses collègues du groupe se concentrent sur la scène, il prend en charge la logistique, noue des liens et assiste à des événements du milieu. « Lentement mais sûrement, même si je me consacrais à ma carrière de musicien et d’auteur-compositeur, des occasions ont commencé à se présenter. »

Un ancien collaborateur A&R lui transmet une offre d’emploi chez Ole Media Management (aujourd’hui Anthem Music Group). Berardi saute le pas et se sent immédiatement chez lui. « J’ai adoré. Je passais mes journées à travailler avec des artistes et la musique. C’était comme un rêve devenu réalité. » Le passage du statut d’artiste et d’auteur-compositeur à celui de professionnel de l’industrie musicale marque un premier ancrage dans le milieu. C’est aussi à ce moment que sa trajectoire à long terme se précise. « Je n’avais jamais prévu de travailler dans ce secteur, mais, une fois que j’y étais, je ne pouvais plus imaginer faire autre chose », confie-t-il.

Pendant la pandémie de COVID-19, Berardi se tourne vers le conseil, collabore avec le label emblématique K-Tel et rejoint CCS Rights Management/Daytripper Music Publishing, où il se concentre sur la synchronisation. Cependant, lorsque Anthem se repositionne sous la direction du PDG Jason Klein, Berardi ressent le désir de revenir. « Jason avait été mon avocat dans le droit du divertissement pendant de nombreuses années, et je lui faisais entièrement confiance », explique-t-il. « Quand j’ai appris qu’il était en train de façonner l’avenir de l’entreprise, revenir s’est imposé comme une évidence. »

Aujourd’hui, le rôle de M. Berardi s’articule autour de deux volets clés chez Anthem. Du côté de la synchronisation, il développe des relations avec les superviseurs musicaux et leur soumet des titres afin d’assurer la présence du catalogue d’Anthem au cinéma, à la télévision, en publicité et dans le jeu vidéo. Dans le domaine de l’édition créative, il accompagne les auteurs-compositeurs et auteures-compositrices d’Anthem en coordonnant les séances d’écriture, en assurant le suivi A&R, en soutenant le développement des talents et en les aidant à élargir leurs réseaux créatifs. Il supervise également les réservations des studios d’écriture d’Anthem aux Noble Street Studios, dans l’ouest de Toronto, un pôle créatif pour les artistes et partenaires du milieu. « C’est un espace où les idées circulent rapidement, dit-il. Il s’y passe toujours quelque chose. »

Berardi puise son inspiration dans une immersion constante dans le monde créatif. Il écoute avec avidité : le catalogue d’Anthem, les morceaux émergents qui circulent dans les studios de Toronto, ainsi que le flot plus large de nouvelles musiques issues de producteurs, de créateurs et créatrices du milieu du cinéma et de ses collaborateurs. « Je me réveille chaque jour enthousiaste à l’idée de travailler avec la musique, dit-il. Cela ne ressemble pas à du travail. »

Grâce à sa longue expérience de plus d’une décennie comme artiste et dans l’industrie de la musique, il s’est recentré sur ce qui lui tient le plus à cœur : l’authenticité. Il privilégie les relations franches et sincères, que ce soit avec les artistes, les superviseurs musicaux ou ses collègues, en évitant les échanges purement commerciaux. Selon Berardi, la curiosité et la capacité d’adaptation sont indispensables pour quiconque souhaite bâtir une carrière musicale significative et durable.

Son message à ceux et celles qui débutent dans le milieu est clair : restez authentiques, écoutez, respectez vos engagements et rappelez-vous que les grandes chansons — et les grandes carrières — reposent sur la confiance. « Les gens sentent quand quelqu’un cherche à obtenir quelque chose, ajoute-t-il. Commencez avant tout par l’humain. »

Le parcours professionnel de M. Berardi rappelle que, même si l’industrie musicale est en constante évolution, les principes fondamentaux, tels que la confiance et les relations, restent immuables. En définitive, sa philosophie est la suivante : laissez-vous guider par la musique, et le reste suivra.

 

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