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par Tabassum Siddiqui

L’acronyme ACASE n’a pas besoin d’être expliqué dans l’industrie de la musique, compte tenu de l’influence considérable que l’Académie canadienne des arts et des sciences de l’enregistrement (ACASE ou CARAS en anglais) exerce dans la promotion de la musique et des artistes canadiens. L’ACASE administre les prix JUNO annuels et est également responsable de l’organisme caritatif d’éducation musicale MusiCounts, du Panthéon de la musique canadienne et de programmes de développement des artistes.

En tant que directrice des opérations de l’Académie, Liz Morgante occupe un poste clé dans l’élaboration de la politique nationale de l’ACASE en matière de prix. Elle soutient la mission de l’organisme, qui consiste à célébrer, à reconnaître et à honorer la mémoire des artistes, des albums, des chansons et des contributions qui ont façonné la musique canadienne à travers les genres et les générations.

Après dix ans à l’ACASE, Liz Morgante revient sur cette décennie passée à l’Académie et dans l’industrie dans son ensemble, une carrière qui, selon elle, était inattendue, mais qui trouve son origine dans sa passion précoce pour les arts.

« Travailler dans l’industrie musicale était un pur hasard, mais j’ai toujours été une personne créative, explique-t-elle. J’ai fait de la danse de compétition pendant mon adolescence, puis j’ai commencé à ressentir la pression de la société qui m’incitait à aller à l’université et à trouver un “vrai travail”, plutôt que d’essayer de devenir artiste avec toute l’imprévisibilité que cela implique. »

Après avoir obtenu un diplôme d’études supérieures en marketing sportif et événementiel au George Brown College, Mme Morgante a cherché un emploi dans l’industrie du divertissement ou du sport avant de décrocher un stage à l’ACASE.

Après avoir commencé son stage en 2015 sous la supervision de vétérans de l’industrie, Allan Reid (maintenant PDG) et Chris Topping (alors vice-président et maintenant directeur par intérim de la programmation du Massey Hall et du Roy Thomson Hall), Mme Morgante a été séduite.

Son stage terminé, elle est retournée à l’université pour terminer son dernier semestre. Quelques mois plus tard, Allan Reid lui a proposé un poste à l’ACASE, mais ce n’était pas celui qu’elle espérait. C’était un poste de réceptionniste, mais elle l’a accepté pour rester en contact avec l’organisme et en gravir les échelons.

Quelques mois plus tard, elle a décroché un poste de coordinatrice au sein du service des opérations de l’Académie, l’équipe qu’elle dirige actuellement.

Dans le cadre de ses fonctions, Liz Morgante supervise la stratégie des prix JUNO, des prix spéciaux de l’ACASE (notamment le prix humanitaire, le Prix du rayonnement international, le Prix d’excellence pour l’ensemble d’une carrière et le prix Walt Grealis pour réalisations hors du commun), ainsi que pour le Panthéon de la musique canadienne.

Ce travail comprend notamment la création de nouvelles catégories de prix (dont l’annonce du nouveau prix pour l’enregistrement de musique latine de l’année lors des récentes nominations aux JUNO 2026). Il vise aussi à amplifier les voix sous-représentées afin de refléter et de mettre en valeur tout le spectre des talents canadiens.

« Le service des opérations de l’Académie est le cœur battant de l’ACASE, et je supervise le processus de soumission des artistes pour les prix JUNO dans les 47 catégories, ainsi que le comité consultatif musical, le processus d’examen, la sélection des juges et le processus de vote », explique Liz Morgante. Elle précise que son travail englobe l’ensemble du parcours des artistes, de la soumission à la nomination, puis, espérons-le, à la victoire d’un prix JUNO.

« L’autre partie de mon travail consiste à superviser le programme des délégués de l’Académie (ACASE), qui regroupe essentiellement les membres de notre industrie », ajoute-t-elle. Elle met en évidence les avantages de ce programme, tels que la formation, les ressources et les opportunités de réseautage, y compris la possibilité de voter dans les catégories des prix JUNO.

« Enfin, la dernière partie concerne la billetterie pour l’industrie et le public. Nous agissons également en tant que promoteurs des prix JUNO et de tous nos événements, en mettant en place la billetterie pour l’accès au public à tous les événements de la semaine des prix JUNO et aussi l’accès pour l’industrie, y compris les nominés, les VIP et les invités. »

Elle mentionne qu’aucune de ces tâches essentielles ne pourrait être accomplie sans l’énergie et les idées que les jeunes professionnels apportent à l’ACASE. Ayant elle-même commencé sa carrière comme stagiaire, elle est convaincue de l’importance de ces expériences pour les jeunes qui commencent dans le secteur.

« Nous accueillons des stagiaires chaque année, et lorsque nous offrons ces opportunités, personne n’est chargé de faire le café comme on le voit dans les films. Nous fournissons aux gens les compétences dont ils ont besoin pour faire leurs premiers pas dans l’industrie », précise-t-elle.

« Le responsable qui travaille actuellement sous ma direction dans notre service a en fait commencé comme stagiaire chez moi. Il est donc évident que le développement de la prochaine génération fait partie intégrante de notre succès. »

Mme Morgante remarque que ces professionnelles et professionnels émergents du secteur n’hésitent pas à exprimer leur point de vue et à faire preuve de créativité. Elle estime que ces qualités les aideront dans un milieu très concurrentiel.

Compte tenu de la manière dont l’ACASE lui a offert un espace pour s’épanouir en tant que leader, Mme Morgante est engagée à transmettre à son équipe les compétences et les connaissances qu’elle a acquises grâce à ses mentors.

« Ma première supérieure dans le service était Laura Bryan. Je me souviens que je l’admirais beaucoup, car elle incarnait le professionnalisme, l’intégrité et la passion, et elle était toujours là pour nous soutenir et défendre nos intérêts », raconte Mme Morgante.

« Ce travail n’est pas toujours facile, mais elle a toujours clairement accordé la priorité aux artistes et à notre mission, même dans les moments difficiles ou chargés. Ainsi, de temps en temps, lorsque je me trouve dans une situation difficile, je me demande ce que ferait Laura. »

Elle exprime également sa reconnaissance envers ses premiers patrons, Chris Topping et Allan Reid. Elle précise qu’elle a appris à être attentive aux moindres détails auprès du premier (« aucune tâche n’est trop importante ou trop insignifiante : un jour, vous pouvez accomplir une tâche prestigieuse, comme accompagner un artiste dans sa loge, et le lendemain, vous pouvez être amené à remplir des enveloppes, mais tout est tout aussi important ») et à se concentrer sur le service aux artistes auprès du second.

« Allan a vraiment été un mentor pour moi dans ma carrière. Il a cru en moi et m’a soutenue tout au long de mon parcours jusqu’à la direction du service. Aujourd’hui, il est mon supérieur et nous travaillons en étroite collaboration, explique-t-elle. Sa passion pour les artistes n’a jamais faibli au cours de ses nombreuses années dans l’industrie. C’est inspirant de travailler pour quelqu’un qui a une vision aussi claire de cette mission. »

À ce stade de sa carrière, Mme Morgante exprime son désir de s’investir davantage dans l’industrie. Elle participe activement à des tables rondes et siège dans des comités de sélection. Elle a récemment intégré le programme de mentorat Women in Music, où elle a elle-même agi comme mentore, et sa protégée a même obtenu un stage aux JUNOS. Elle cherche maintenant à siéger dans d’autres conseils d’administration et organismes du secteur.

« Ce cap des dix ans m’a amenée à beaucoup réfléchir, et après avoir tant évolué, je sais qu’il me reste encore beaucoup à apprendre. Je pense que la prochaine étape que j’aimerais vraiment franchir consiste à m’éloigner un peu plus de mon bureau pour m’investir davantage dans le mentorat et m’intégrer encore plus à l’écosystème en dehors de l’ACASE », mentionne-t-elle.

En vue de la semaine des prix Juno 2026, Mme Morgante est très occupée à coordonner de nombreuses tâches. Toutefois, cet anniversaire important lui permet de se remémorer des souvenirs marquants de sa carrière, tout en envisageant l’avenir avec optimisme.

Bien qu’elle ait vécu de nombreux moments passionnants grâce aux efforts de l’ACASE pour promouvoir la reconnaissance des artistes, Mme Morgante se souvient d’un moment particulièrement émouvant en 2017, lorsque l’auteur-compositeur-interprète autochtone William Prince a interprété sa chanson « Breathless » pendant la séquence In Memoriam du dîner de gala et de la cérémonie des prix JUNO, juste après avoir remporté son premier JUNO.

« À l’époque, il était sans domicile fixe et vivait dans sa voiture. Cette prestation a changé le cours de sa carrière, et il a accompli de grandes choses depuis, raconte-t-elle. Ce n’est qu’une histoire touchante parmi d’autres. Mais, dans notre service, nous sommes régulièrement en contact avec les artistes. Nous avons donc la chance de les voir s’accomplir. Ils ont travaillé toute leur vie pour ça. »

En se remémorant son parcours professionnel qui l’a menée au sommet de l’industrie, Mme Morgante se souvient de ses débuts, lorsqu’on lui demandait de transmettre sa sagesse ou de prodiguer des conseils aux jeunes artistes.

« Le conseil que je donnerais à la jeune femme que j’étais est, curieusement, de faire exactement ce que j’ai fait », s’exclame-t-elle en riant. Il faut saisir les occasions qui se présentent, même si elles ne semblent pas idéales sur le moment, car on ne sait jamais qui on va rencontrer ni ce qu’on va apprendre au fil du processus. »

« Vous allez travailler plus fort que vous ne l’auriez jamais cru possible, mais, si vous aimez vraiment ce que vous faites, cela en vaudra la peine. Vous allez tellement évoluer durant votre parcours que vous arriverez là où vous devez être si vous dites simplement “oui” et que vous travaillez fort », conclut-elle.

« Quand je repense à ma carrière, j’ai parfois l’impression de rêver, car je me souviens qu’à l’école secondaire, j’étais celle qui créait des CD pour tous mes amis. Ce qui me motive, c’est que j’ai encore du mal à croire que je travaille dans l’industrie musicale. Je suis toujours très reconnaissante d’avoir eu cette chance. »

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