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Par Melissa Vincent

Dans un article paru dans The Walrus, intitulé « The Death of the Middle-Class Musician » (La mort du musicien de la classe moyenne), Luc Rinaldi souligne l’interdépendance de notre industrie : « Lorsque les musiciens ont les moyens de payer leur loyer, de se nourrir, de faire de la musique et de se produire en concert, tout le monde en profite. Lorsqu’ils n’en ont pas les moyens, c’est toute l’économie qui en pâtit. Les salles ferment, les artistes abandonnent leur art et le tissu culturel du Canada se déchire. »

Maddy Oliver estime que cette réalité ne se limite pas seulement aux artistes, mais s’applique à tous ceux et celles qui bâtissent une carrière dans l’industrie. Récemment nommée directrice générale par intérim de l’Association canadienne de la musique sur scène (CLMA), elle s’est engagée avec passion à réimaginer ce que pourraient être des carrières durables dans le secteur de la musique. En se concentrant sur l’expérience vécue par la relève professionnelle, elle cherche des solutions globales pour l’ensemble du secteur musical.

« Tout ce qui se passe dans la société laisse une empreinte sur l’industrie musicale, souligne-t-elle. La réalité économique nous touche tous. On assiste à un affaiblissement de la classe moyenne des travailleurs et travailleuses, ce qui a des répercussions sur l’ensemble de l’écosystème musical au pays. »

Pour relever ces défis, Maddy Oliver a fondé Young Music Professionals (YMP), un réseau voué à l’accompagnement des jeunes professionnels dès leur entrée dans l’industrie pour les aider à s’y orienter et à franchir les prochaines étapes de leur parcours. L’organisme répond à un besoin croissant de trajectoires plus claires, de réseaux plus solides et de carrières à l’abri de l’épuisement professionnel pour ceux et celles qui intègrent le secteur à tout âge. Grâce à des initiatives telles que « Young People Doing Cool Shit », un projet de YMP mettant en évidence le travail innovant de jeunes dans l’ensemble de l’industrie musicale, l’organisme a également contribué à faire connaître les talents émergents au sein d’institutions bien établies. À l’occasion du 50ᵉ anniversaire de la CMRRA, les membres de l’équipe âgés de 35 ans et moins qui participent activement à son succès ont été mis à l’honneur.

« L’équilibre est au cœur de ma philosophie. Les visions divergent sur ce que signifie être un travailleur en 2026. D’un côté, la culture du “toujours plus” ne connaît pas de répit ; de l’autre, on arrive à 9 h 01, on part à 16 h 59, sans jamais dépasser ce qui est attendu. Je pense qu’il est nécessaire de connaître ses limites, tout en restant un bon joueur d’équipe. »

C’est une réalité que Mme Oliver a vécue de première main. Quand elle lance YMP en 2024, elle occupe un poste à temps plein à la Canadian Live Music Association et, comme beaucoup d’autres jeunes du milieu professionnel désireux de faire bouger les choses, elle se rend rapidement compte qu’elle n’est pas la seule. « Je me suis aperçue de ce que tous ces jeunes faisaient “en parallèle de leur travail” ou au sein de leur organisme. Je me suis dit : “Mon Dieu, les dirigeants doivent être informés de ça.” »

« Nous ne disposions que de données empiriques, je n’avais donc aucune idée du nombre de membres auquel m’attendre. » Elle a toutefois constaté un besoin clair d’occasions de rencontrer ses pairs et de tisser des liens susceptibles de mener à des postes de direction. Aujourd’hui, YMP compte environ 700 membres, issus de divers horizons et à différents stades de leur carrière. « J’avais l’impression que tout le monde attendait qu’une initiative comme celle-ci voie le jour, se souvient-elle. Autant les jeunes qui composent le réseau que les leaders du secteur en quête de solutions pour la relève et désireux de rencontrer la prochaine génération : il y avait donc un énorme engouement. »

Pour Mme Oliver, cet élan remonte à l’enfance. En grandissant, elle partage son temps entre les cours de piano au Conservatoire royal de musique et des activités sportives. « Je le dirai haut et fort : les sports d’équipe sont essentiels. Apprendre à travailler avec les autres, ce sont des leçons que l’on garde toute sa vie. » Son intérêt précoce pour le potentiel narratif des trames sonores l’a incitée à découvrir le travail des superviseurs musicaux, comme Alexandra Pastavas, et à comprendre comment la musique pouvait devenir une véritable voie professionnelle.

Après avoir suivi un programme de troisième cycle en gestion musicale au Humber College, Oliver est passée d’un stage au Bureau de la musique de la Ville de Toronto à un poste au sein de la CLMA. « L’évolution d’une carrière dans la musique peut être difficile, car elle est rarement linéaire. Il faut souvent multiplier les mandats pour constituer l’équivalent d’un emploi à temps plein, précise-t-elle. Les gens possèdent des compétences très variées dans l’ensemble du secteur. Il est très facile d’évoluer en diagonale — un peu vers le haut, un peu vers l’extérieur. Il n’est pas toujours facile d’avancer en ligne droite. »

Elle cite des projets comme Black Canadian Women in Music et le South Asian Music Accelerator (SAMA) comme la pointe de l’iceberg des nombreuses façons dont la jeune génération bouscule le statu quo.

Elle considère le mentorat comme la pierre angulaire de YMP, car il a joué un rôle déterminant dans son propre parcours. Oliver souligne l’apport de personnes comme Mike Tanner, responsable du développement du secteur musical à la Ville de Toronto, et Erin Benjamin, ancienne présidente-directrice générale de la Canadian Live Music Association, qui lui ont fourni des repères et partagé leur expérience.

« La vision de [Mike Tanner] incarne parfaitement ce que YMP cherche à promouvoir : investir dans la prochaine génération, qui est tournée vers l’avenir et qui représente le moteur de cette industrie, puis travailler activement à la mettre en relation avec les bonnes personnes et les bonnes occasions. » C’est Tanner qui a fait découvrir à Mme Oliver une grande partie de l’écosystème musical de Toronto et qui l’a aussi mise en contact avec Erin Benjamin, l’autre mentore dont l’engagement et la passion continuent de l’inspirer.

Lorsqu’elle réfléchit aux conseils qu’elle donnerait à la jeune femme qu’elle était, elle estime qu’une bonne connaissance de soi est cruciale. Cela permet de s’engager pleinement dans sa carrière en prenant en compte ses propres besoins. « J’ai une énergie sociale limitée. Je suis passionnée par mon travail, mais je ne veux pas qu’il occupe toute la place. Trouver, dans l’entrecroisement de tous ces facteurs, le bon point d’ancrage — c’est là que tout s’aligne. »

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